Ayahuasca

LE NOM
Le terme Ayahuasca vient du Quechua et est formé de l'agglutination de aya et huaska. Il est traduit ordinairement par liane des esprits, liane des morts ou liane des âmes (aya : mort, défunt et par extension âme, esprit ; huasca : corde, et par extension liane ; d'après le médecin équatorien Plutarco Naranjo, 1983). En fait aya ne signifie pas l'âme de la personne morte, mais plutôt le cadavre, ce qui implique qu'ayahuasca se traduit plutôt par « corde des cadavres ».

D'après Gerald Taylor, linguiste et spécialiste de la langue quechua, le nom le plus probable de cette liane serait plutôt ayaqhuaska ce qui signifie « liane amère »[3].

Le breuvage, en lui-même, est connu sous différents noms en fonction des régions et des groupes ethniques : ayahuasca, ayawaska, yajé (Tukano), jagé, caapi (langues tupi), natema, natem (Jivaro), purga, pinde, Santo Daime.

HISTORIQUE
L'existence de cette boisson psychotrope a été rapportée pour la première fois en 1851 par Richard Spruce, un botaniste anglais qui explorait le Rio negro en Amazonie où on l'appelle caapi. Quelques années plus tard, il rencontra une boisson narcotique appelée localement ayahuasca et il eut l'intuition qu'il s'agissait de la même plante Banisteriopsis caapi.

La composition chimique de la potion a commencé à être connue dès 1957 grâce à Average Hochstein et Paradies. Puis en 1965 en France grâce à Claudine Friedberg et Jacques Poisson[

L'ayahuasca comme breuvage

Dans les communautés amérindiennes, l'ayahuasca est traditionnellement utilisé pour entrer en transe dans un but divinatoire ou comme outil thérapeutique et comme puissant outil de purification lors de rituels de guérison sacrés. Cette boisson semble être consommée depuis 4000 à 5000 ans.

Composition
Il s'agit généralement d'une infusion de plusieurs espèces de plantes.

Composition chimique
On retrouve généralement, par ordre décroissant suivant leurs proportions, les alcaloïdes suivants : l'harmine, la 1,2,3,4-tétrahydroharmine (THH), la N,N-diméthyltryptamine (DMT), l'harmaline, parfois l'harmol[1]. Leurs quantités respectives dans les breuvages sont très variables d'une région à l'autre.
Certains de ces alcaloïdes existent naturellement chez l'être humain : plusieurs auteurs ont souligné la présence de DMT dans le sang, le plasma, l'urine et le LCR ; la présence d'Harmine a également été détecté dans le sang humain[1].

Principe actif
La théorie en vigueur aujourd'hui a été avancé par Dennis McKenna en 1984 : les β-carbolines (harmine, THH, harmaline) apportées par l'ayahuasca-liane (Banisteriopsis caapi) permettent, par leur action d'inhibition de la monoamine oxydase (IMAO), enzyme présente à l'état naturel chez l'être humain, d'éviter la dégradation viscérale de la DMT apportée par les feuilles de la chacruna (Psychotria viridis).

Bien que le rôle des β-carbolines, dans l’activation ou la révélation des effets de la DMT, soit actuellement bien admis, il en est pas de même du rôle exclusif de la DMT dans la responsabilité des effets psychotropes du breuvage[6]. Pour preuve l'utilisation exclusive de Banisteriopsis caapi par certains groupes amérindiens. Ou le testing neuropsychopharmacologique des combinaisons harmine + DMT et extrait d’ayahuasca-liane + DMT (Cory Freedland et Robert Mansbach, 1999), qui présentent des différences subtiles[1]. Enfin, le rôle des carbolines dans leurs effets psychotropes est insuffisamment connu, voire inconnu (notamment pour THH).

Effets

L'ingestion d'ayahuasca qui est purgatif, entraîne des vomissements, notamment du fait de son amertume. C'est pourquoi l'écorce fraîche est parfois chiquée ou réduite en poudre pour être prisée comme c'est le cas dans certaines parties de l'Orénoque. La prise de la plante se fait dans un cadre rituel, de préférence dirigé et contrôlé par un chaman.

Suite à l'ingestion et aux problèmes digestifs consécutifs apparaissent une euphorie et des hallucinations auditives et visuelles d'abord dans des teintes bleues ou violettes.[7]

Cet hallucinogène procure des visions interprétées comme des phénomènes de clairvoyance et sont souvent considérées par certaines sociétés amazoniennes, comme plus réelles que le monde du quotidien.[8] Selon les Amérindiens, les hallucinations sont de deux types soit des scènes avec des animaux (jaguars, serpents) soit sous forme de paysages ou de villes.[9]

De nombreux témoignages font état d'experience mystique et c'est pourquoi l'ayahuasca est souvent considéré comme enthéogène.

Parfois, son ingestion peut entraîner un bad trip, en particulier quand l'ingestion se fait de façon incontrôlée ou dans un but récréatif.

La consommation d'ayahuasca s'accompagne d'une accélération du rythme cardiaque, d'hypertension et d'une potentialisation des médicaments sérotoninergiques.

Préparation de l'ayahuasca en Équateur.Composition végétale
La composition du breuvage varie grandement dans les groupes ethniques. Les plantes pouvant entrer dans la composition de cette boisson cérémonielle sont principalement :

Banisteriopsis caapi (Banisteriopsis)
Banisteriopsis inebrians (Banisteriopsis)
Banisteriopsis muricata (Banisteriopsis)
Diplopterys cabrerana (synonyme : Banisteriopsis rusbyana)
Psychotria viridis (Psychotria) ou Psychotria carthaginensis ou chakruna en quechua
Mimosa hostilis (Jurema preta)
D'autres espèces appartenant à la famille des Solanaceae des genres Nicotiana, Brugmansia ou Brunfelsia peuvent aussi être ajoutées. Au total pas moins de 97 espèces de plantes sont susceptibles d'être mélangés à Banisteriopsis caapi[5].

Le breuvage de l'ayahuasca est divisé en sous types dont les mélanges, les effets et les rituels d'utilisations varient d'une société amazonienne à l'autre. Au Pérou il existe par exemple différentes formes d'ayahuasca selon la couleur du breuvage : jaune, rouge, blanc, noir. Ces variations correspondent le plus souvent à l'addition ou non d'autres plantes psychotropes.

Peganum harmala (Zygophyllaceae) ou Rue de Syrie, bien que comportant les mêmes principes actifs IMAO que le Banisteriopsis caapi, n'est historiquement pas utilisée dans le breuvage, car elle est originaire des régions du Sud de la Méditerranée, et non d'Amérique latine.