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Bryone dioïque
Bryonia dioica
 

La bryone, commune dans les haies de toute la France, surtout dans les régions calcaires, est une plante herbacée vivace, entièrement hérissée de poils raides, à tiges grêles grimpantes portant des vrilles opposées à des feuilles à 3-5 lobes rappelant un peu celles de la vigne. Ses fleurs sont dioïques, c'est-à-dire que les pieds portent soit des fleurs mâles à étamines, soit des fleurs femelles n'ayant qu'un style, ici divisé en trois parties. Les fleurs mâles ont 3 étamines dont 2 paraissent doubles de la troisième (il y a, en réalité, 5 étamines dont 4 soudées deux à deux par leur filet). La corolle, jaune verdâtre, est constituée de 5 pétales à peine soudés entre eux à la base. Fleurs mâles et femelles sont réunies en petits bouquets à l'aisselle des feuilles, les premières sur un long pédoncule commun, les secondes presque sessiles. Ces dernières donnent des baies charnues, globuleuses, de 5-8 mm, longtemps jaunâtres, puis rouges à maturité, à 3-6 grosses graines aplaties. La racine est un énorme tubercule cylindrique, vertical, plus ou moins ramifié, à chair blanchâtre.
La seule autre Cucurbitacée française, l'Ecballium elaterium L., concombre sauvage, momordique, est une plante très hérissée-rude à tiges couchées, épaisses, charnues, sans vrilles, des terrains vagues et des décombres de la basse région méditerranéenne et du Sud-Ouest littoral. Ses fruits, sortes de cornichons de 4 à 5 cm, très hérissés, ont la curieuse propriété de projeter leurs graines à distance, quand ils sont mûrs. C'est une plante vénéneuse, purgative drastique de l'ancienne médecine, rarement employée de nos jours.
Les Cucurbitacées nous donnent un certain nombre de légumes: melons, courges, concombres, cornichons, et les très décoratives coloquintes.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES
Qualifiée par Thore, botaniste et médecin à Dax en 1803, de "médicament féroce", la bryone demande à être maniée avec prudence. Ses noms populaires de navet du diable, feu ardent, vigne du diable disent bien que nous n'avons pas affaire à une plante à tisane! La racine, employée fraîche dans la majorité des cas, est, à l'intérieur, selon les doses, principalement purgative, diurétique, antiinflammatoire, expectorante; à l'extérieur, résolutive. Cette racine profonde, souvent perdue dans les broussailles, est d'arrachage difficile. On la récolte à l'automne ou au début du printemps, pour le séchage. La couper alors en tranches minces (de préférence avec des gants car elle peut irriter la peau) que l'on étale sur des claies ou que l'on suspend en guirlandes. Comme la dessiccation lui fait perdre une partie de ses propriétés, il est préférable de la conserver l'hiver à la cave, dans du sable. Dans la pratique, en cas de besoin, il suffit de prendre une pelle et une pioche et d'aller la déterrer. On doit éloigner les enfants des fruits dangereux de la bryone, susceptibles de causer de graves accidents gastro-intestinaux.
• Usage interne
Il doit être prudent et progressif (voir le N.B. plus bas). Les anciens médecins ont souvent prescrit la bryone dans les constipations opiniâtres, les obstructions intestinales, les grandes rétentions séreuses ; mais cette plante est ici à exclure de la médecine domestique, les doses un peu élevées devenant vite drastiques et vomitives. Pour une purgation plus douce, mais assurée, une méthode fort en usage autrefois dans les campagnes consistait à creuser le soir, dans une racine fraîchement récoltée, une cavité qu'on remplissait de sucre; on obtient, le lendemain matin, un sirop dont on prend 2 cuillerées à soupe par jour (de préférence dans une infusion) et qui purge, assure-t-on, sans excès ...
Diurétique puissante, sudorifique, la bryone s'indique en particulier dans les infiltrations séreuses associées ou non à un état inflammatoire : hydropisies, œdèmes, pleurésie. On peut employer ici le vin de bryone : faire macérer 50 g de racine fraîche, écrasée, dans 1 litre de vin blanc; passer ; filtrer ; 2 fois 1/2 verre à 2 verres à liqueur par jour.
C'est surtout comme anti-inflammatoire qu'on prescrit de nos jours la bryone. Elle convient aux rhumatismes, dont le rhumatisme articulaire aigu, aux maladies pulmonaires aiguës, aux grippes. La "teinture-mère" (pharmacies) permet un dosage sûr: 5 à 10 gouttes dans un peu d'eau, 3 fois par jour.
En pratique domestique, il est sage de réserver la bryone aux bronchites, toux, grippes, coryzas, où elle se montre calmante et expectorante tout en combattant l'inflammation. L'oxymel suivant est de confection aisée :
racine de bryone sèche pilée : 45 g vinaigre : 750 g
miel: 500 g.
Bouillir pendant une demi-heure ; passer ; 1 à 2 cuillerées à café de 2 heures en 2 heures ou 2 à 3 cuillerées à soupe par jour.
N.B. : La bryone est rigoureusement contre-indiquée dans les cas d'inflammation des voies digestives et urinaires, dans l'artériosclérose, les états congestifs, la grossesse. A proscrire chez l'enfant.
• Usage externe
La pulpe de racine fraîche, pilée, a servi à traiter les douleurs de la goutte, les rhumatismes, les épanchements de synovie, les engorgements glandulaires, les contusions; elle se montre calmante et puissamment résolutive. Toutefois, comme ces applications peuvent irriter violemment la peau, elles doivent être légères, peu fréquentes, et associées à des émollients comme le son ou la guimauve. L'onguent obtenu en mêlant à parts égales pulpe de bryone, saindoux et soufre serait excellent contre la gale.

SUPERSTITIONS
La bryone, dont la racine contrefait parfois grossièrement la forme humaine, était chère aux sorciers qui l'utilisaient pour fabriquer un substitut de mandragore, petit monstre dont la possession assurait chance et richesse (la vraie mandragore est une Solanacée vénéneuse proche de la belladone). Un rituel macabre était lié à cette opération magique, que le Grand Albert décrit en détail.



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