Fiche Produit

 
Eglantier
Rosa canina
 

L'églantine, rose sauvage, est la belle princesse des buissons et des haies. Ses grandes fleurs fragiles que nul jardinier mortel n'inventa, se contentent de 5 pétales (ils savent tous les roses, du blanc pur aux lisières du rouge) et d'un cœur jaune, frémissant d'étamines, pour rendre grâces aux fées de la Saint-Jean. Au midi du solstice, il est bon de s'arrêter devant un églantier chargé de fleurs et, les yeux clos, de s'abandonner au parfum tout brodé d'insectes, de s'associer aux louanges de la terre.

Les botanistes, eux, voient d'abord chez les églantiers un fouillis inextricable de sous-espèces, de variétés et d'hybrides qu'ils s'appliquent à classer avec une touchante persévérance, comme ces enfants qui entreprennent un jour de tenir registre des graviers du jardin (un contempo­rain, Charbonnel, n'a-t-il pas cru voir cinq cents espèces différentes dans le seul Rosa pendulina L., belle églantine rouge des montagnes ?). Contentons-nous de la vingtaine d'espèces françaises aisément reconnaissables et, comme instruments d'étude, utilisons nos yeux avant le microscope.

Tous les églantiers ont les mêmes propriétés et l'on peut prendre pour type le plus commun d'entre eux, le rosier des chiens (Rosa canina L.). Ce vilain nom, qui serait en rapport avec l'utilisation ancienne de la racine contre la rage, n'est que la traduction du nom grec Kynorrhodon dont nous avons fait cynorrhodon, ce dernier mot désignant les fruits rouges de l'arbrisseau.

Les fleurs des églantiers, larges de 2 à 8 cm, isolées ou, plus souvent, en corymbes, possèdent, comme toutes les roses, un réceptacle creux, charnu et (ici) rouge à matu­rité. Ce réceptacle contient de nombreux carpelles jau­nâtres ("graines") associés à une bourre de poils raides. Les styles serrés, ordinairement courts, en obstruent l'ori­fice. Sur le bord de ce récipient, assez improprement appelé "fruit", s'insèrent les 5 pétales, les 5 sépales étroits, habituellement lobés, et les étamines nombreuses. Les feuilles, comme chez beaucoup de Rosacées, sont compo­sées de folioles dentées placées sur 2 rangs ; elles sont munies de deux stipules soudées au pétiole à leur point d'attache avec la tige.

Les églantiers sont des plantes vivaces, ligneuses, pou­vant atteindre plusieurs mètres de hauteur. La forme et la densité de leurs aiguillons sont très variables.

PROPRIÉTÉS MÉDICINALES

L'églantier est bien connu des enfants campagnards sous les noms de poil-â-gratter et de gratte-cul, qui font allu­sion aux propriétés irritantes des poils intérieurs du récep­tacle, qu'on les jette dans le cou des filles ou qu'on les absorbe par mégarde avec la chair acide et délicieuse des fruits cueillis sur le chemin de l'école. C'est une plante très utile, négligée à tort en France. On utilise principalement les cynorrhodons, cueillis après les premières gelées (ils

ne deviennent pulpeux et pourvus de sucres qu'à ce stade), leurs semences, les pétales frais et le bédégar (ou "bêdéguar"), galle curieuse, en touffe hirsute, rougeâtre, provoquée par la piqûre d'un hyménoptère aux bour­geons. Cette galle, très usitée autrefois, est une redécou­verte de la phytothérapie.

Les cynorrhodons, base d'une tisane très populaire dans toute l'Europe centrale, sont astringents, diurétiques, riches en vitamines A, BI, B2 et, surtout, C : de 0,5 à 1,7 g pour 100 g secs. Cette dernière leur confère des propriétés antiscorbutiques, antiseptiques, antigrippales.

Astringents et toniques, ces fruits s'emploient avec succès contre la diarrhée et dans l'atonie digestive. On les infusera secs, pilés, à la dose de 30 à 60 g par litre d'eau bouillante (contact 1/2 heure; passer dans un linge très fin) ou en sirop, préparé comme suit : dans une bassine de cuivre, faire cuire à feu doux pendant 1/2 heure des cynorrho­dons juste couverts d'eau, passer, ajouter un poids de sucre égal au poids du liquide obtenu et cuire à nouveau jusqu'à consistance sirupeuse; ce sirop, d'un goût excel­lent, se conserve longtemps en flacons bien bouchés.

Les fruits séchés (en couche mince près d'une source de chaleur, ou dans l'étuve de la cuisinière) procurent encore une décoction diurétique et rafraîchissante. C'est une excellente boisson dans les maladies fébriles, utile aussi aux personnes âgées pour activer l'élimination et renforcer les défenses naturelles : 30 à 50 g de fruits concassés par litre d'eau; bouillir 5 mn à petit feu; infuser 15 mn ; filtrer ; boire à volonté.

Les pétales des fleurs en bouton, broyés avec 3 fois leur poids de sucre et un peu de sirop ordinaire, jusqu'à consis- . tance pâteuse, sont légèrement laxatifs, surtout dans les contrées méridionales; 50 à 60 g par jour, loin des repas.

La chaleur détruisant la vitamine C, au moins en partie, les préparations antiscorbutiques doivent être faites à froid. A l'infusion ci-dessus on préférera donc si possible la conserve de fruits frais obtenue en broyant soigneuse­ment avec leur poids de sucre les cynorrhodons fendus en deux et débarrassés de leurs pépins avec une cuillère. En cas de grippe, au cours des maladies infectieuses, dans les convalescences, cette préparation peut se mon­trer des plus utiles en augmentant la résistance de l'orga­nisme (100 à 200 g par jour).

Les semences, qu'on aura pris soin de recueillir lors de la fabrication de la conserve, sont sédatives; infusées à 1-3 % elles combattent l'insomnie et se recommandent dans la neruositë, l'anxiété, les palpitations (ajouter un peu de pulpe pour obtenir une boisson acidulée).

Le bédégar (nom d'origine arabe), petite touffe hirsute et rougeâtre que certains pieds d'églantine portent parfois par dizaines, a des vertus proches de celles des fruits. Tragus (1552), Simon Pauli (1666), Sennert et d'autres vieux médecins assurent qu'il est somnifère, opinion reprise de nos jours par Dragendorff. Séché, pulvérisé et infusé une journée dans du vin, le bédégar était prescrit contre la dysenterie, usage qui concorde tout à fait avec l'astringence reconnue à la plante. On l'utilisait aussi en gargarisme dans les maux de gorge : décoction à 5 % ; sucrer, si nécessaire, au sirop de cynorrhodon ou de mûre. Le Dr. Leclerc a montré le pouvoir cicatrisant de cette galle riche en tanin, qu'on utilisera sous forme de décoction concentrée ou, mieux, de teinture au 1/5, sur les plaies et les brûlures ulcérées.

M. Leproux (op. cit., 1954) rapporte une curieuse pra­tique charentaise pour se débarrasser des verrues, vraie thérapeutique par analogie, les galles de l'arbuste sym­bolisant les excroissances cutanées : on introduit, dans une fente pratiquée à une branche d'églantier, une mèche de cheveux coupée le jour de l'Ascension. A mesure que la branche se flétrit, les verrues disparaissent.

Quand j'avais une dizaine d'années, je contractai moi­même des verrues plantaires très douloureuses qui se. montraient rebelles à tout traitement (elles réapparurent même après des "pointes de feu"). De guerre lasse, ma mère me conduisit chez une vieille religieuse qui "avait un secret", secret si éprouvé qu'elle jouissait d'une auto­risation de l'évêque pour le mettre en pratique (cela se passait à Quimper). Elle se contenta (mais peut-être n'entendis-je pas une conjuration) de toucher mes ver­rues avec des nœuds de paille de seigle (un nœud par verrue) en conseillant à ma mère de les enterrer au jardin, assurant que mon mal disparaîtrait: ce qu'il fit.

USAGE ALIMENTAIRE

J'ai dit ci-dessus les bienfaits des cynorrhodons et leur utilité dans la médecine domestique. Ces petits fruits

rubiconds ne sont pas moins précieux à la cuisine : on en fait des confitures délicieuses et très saines, qui sur­passent en saveur et en vertus bien des conserves plus connues. La plupart des ouvrages sur les plantes sau­vages conseillent de fendre les fruits et d'en extraire les poils irritants et les graines avant d'en faire une marme­lade : ce travail est d'une lenteur insigne et son produit bien maigre. Je préfère la recette suivante que j'ai tou­jours utilisée avec avantage :

Gelée de cynorrbodons : Les fruits, toujours récoltés après les premières gelées, sont mis à cuire à feu doux dans une bassine de cuivre rouge avec à peu près le tiers de leur volume de bonnes pommes coupées en menus morceaux (il vaut souvent mieux, aujourd'hui, préférer les petites pommes véreuses et vierges d'insecti­cides aux gros fruits insipides dont la perfection appa­rente n'est due qu'aux poisons dont ils sont gorgés) ; arrosez d'eau à niveau. Après 1/2 heure d'ébullition, passez le tout au presse-purée, jus et fruits éclatés. La grille doit retenir les pépins et la majeure partie des poils. La purée obtenue sera tamisée au pilon ou pressée dans un linge fin, opérations qui doivent éliminer les derniers poils. Bien plus pratique, à ce stade, est le tamis à rou­leau vendu en quincaillerie pour la fabrication de la gelée de groseilles : autour de son rouleau de bois, des­tiné à écraser les fruits, les poils s'amassent en feutre: le résultat est parfait. Cuisez enfin le jus final avec au moins 750 g de sucre par kilo. Ecumez. Mettez en pot à chaud dès que la confiture "prend" au contact d'une assiette froide. D'un beau rouge sombre, cette confiture se garde parfaitement.

Au siècle dernier, dans les Alpes de Haute-Provence, les cynorrhodons séchés, débarrassés de leurs graines par battage au fléau, puis moulus, donnaient une farine qu'on mangeait ou nature, ou diluée à l'eau, ou cuite en biscuits.

CULTURE

Les rosiers sauvages méritent une place de choix au jardin; la meilleure manière de les y introduire est d'aller chercher, en hiver, les pousses de l'année qui croissent près des pieds âgés ; on les déterre avec le plus de racines possible et on replante aussitôt ; on peut les placer dans les interstices des haies, sur les pelouses ou au pied des murs, toujours à bonne exposition. Les églantines acceptent les sols médiocres et, sauf quelques méridionales, les climats rudes. Fumure et taille modérées leur sont profitables. Un sol humide leur nuit. Le rosier rugueux (Rosa rngosaThunb.), églantine de l'Est asiatique plantée pour l'ornement et pour la greffe, très rustique (sauf Midi sec), donne des fruits très gros (2-2,5 cm), pul­peux, excellents frais ou en gelée.


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