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Index des plantes médicinales

Propriétés des plantes médicinales

COUPS ET BLESSURES, LES PLANTES CICATRISANTES

 

 

Les chocs subis par la peau, les lésions d'écrasement provoquent entre autres dégâts, des ruptures vasculaires avec extravasation. Si les couches cutanées sont rompues, le sang s'écoule et le premier acte thérapeutique est d'arrêter l'hémorragie ou, du moins, de réduire le flux sangum.
Dans tous les pays du monde, les plantes à tanin aident diversement à cette action, provoquant la coagulation du sang et la vasoconstriction; elles réduisent l'infiltration des tissus consécutive au traumatisme. Le rôle hémostatique s'explique aisément par la nature chimique de ces substances polyphénoliques ouvragées et par celles des protéines animales qu'ils rencontrent.
Le monde des tanins est vaste. Actuellement ils sont de deux types: les tanins dérivant de l'acide gallique, initialement trouvé dans la noix de galle, et les tanins catéchiques dont le modèle est fourni par le Cachou (Acacia catecbu), Dans les deux cas, il s'agit d'ensembles moléculaires assez volumineux, de masse voisine de 1 500 à 2 500 daltons.
Pour les tanins galliques, dits encore hydrolysables, le schéma est théoriquement simple : les hydroxyles d'une molécule de sucre, en particulier de glucose sont estérifiés par plusieurs restes d'acide gallique. Mais comme le glucose présente une structure en chaise, les restes galliques sont disposés dans plusieurs directions avec leurs hydroxyles phénoliques à l'extérieur ce qui évoque un peu l'aspect d'un oursin avec ses piquants. Des liaisons d'autre nature, entre deux restes galliques, entraînent des différences de détail appréciables entre les tanins : celui du Chêne diffère de ceux de l'Alchémille, des Géraniums ou de l'Hamamélis.
Également riches en hydroxyles, mais dépourvus de sucres, les tanins catéchiques résultent de la polymérisation d'unités flavanniques. De structure non plane, elles s'assemblent comme dans un jeu de construction en respectant le schéma de l'hélice.
Qu'ils soient dérivés de l'acide gallique ou des flavannes, les tanins sont hérissés d'hydroxyles phénoliques susceptibles de réagir par de solides liaisons hydrogène avec les atomes de la liaison peptidique des protéines qui assemble les acides aminés entre eux. Celles-ci ont une forme générale globulaire ou fibrillaire, avec des mailles, des puits, des émergences favorables à l'intrusion des tanins. Ces derniers s'accrochent, alourdissant les protéines, empêchant d'éventuelles modifications structurales. De la sorte l'état colloïdal est profondément perturbé. Il peut y avoir coagulation et les enzymes sont définitivement inhibées.
L'effet tannant se manifeste aussi bien vis-à-vis des protéines solubles du plasma sanguin que des insolubles des tissus. En cas de rupture des petits vaisseaux, le tanin provoque une précipitation des protéines dont l'effet obturant est analogue à celui de la coagulation physiologique. De son côté, l'action astringente est une manifestation de l'effet tannant la paroi des vaisseaux avec rétraction et restriction du calibre s'il s'agit de capillaires, de veinules, peut-être même d'artérioles.
Dans toutes les civilisations, les hommes restés au contact de la nature utilisent ainsi les extraits de plantes riches en tanins, pour des effets hémostatiques. En Europe, il s'agit de l'écorce de Chêne, du bois de Hêtre, des feuilles de Ronce, d'Alchémille, d'Aigremoine, de Noyee, des racines
de Géraniums sauvages, de Potentilles, de Fraisier, de Rumex, de Polygonum et de Bistorte. On préconise encore les feuilles de plusieurs espèces de Plantain, ainsi que les galbules ou cônes fructifères de Cyprès sous forme d'infusé ou de décocté. L'effet hémostatique est rapide. En Asie, les écorces de M yrobalans et le bois de Cachou sont célèbres.
D'autres constituants que les tanins peuvent intervenir. Pour traiter de petites plaies, les coupures en particulier, il est simple d'appliquer, réduites en pulpes, des feuilles d'Absinthe, de Lavande, ou des racines également pulpées de Valériane, de Guimauve, de Consoude. Un infusé de feuilles de Persil convient au lavage des plaies.
Une liste exhaustive serait fastidieuse; quelques exemples seulement suffiront à montrer l'universalité des traditions. Les Indiens d' Amérique du Nord, retenaient les racines d'Hydrastis cenadensis comme hémostatiques, ce qui s'explique par l'action vasoconstrictrice des alcaloïdes. A Cuba, les jeunes tiges feuillues d'une Borraginacée, Cor dia globosa, sont employées contre les hémorragies et les blessures. Au Brésil, l'écorce de Lucuma glycyphœa est un bon hémostatique.
Les Indiens du Canada lavaient les plaies avec un décocté de feuilles de diverses Pyroles (Éricacées) tandis que, pour ce même usage, les habitants de toute l'Amérique du Sud font grand cas des feuilles et écorces de Buddleia americana. En Amérique centrale, les blessures ouvertes reçoivent un cataplasme de bulbes écrasés d'une Orchidée (Bletia purpurea), riches en mucilages. Ils exercent un effet adoucissant. Selon les recettes des pharmacopées locales, l'Oignon est mis à profit frais, en cataplasme sur les plaies saignantes, ou séché et pulvérisé en application sur les ulcères.
En Afrique tropicale, on apprécie les feuilles de Bœrbaoi« plumbaginacea et celles de Combretum glutinosum. Lippia scaberrtma, une Verveine d' Afrique du Sud, est hémostatique comme aussi la Verveine officinale de chez nous. De même les anciens médecins grecs prescrivaient-ils une espèce d'Amaracus (Labiées) pour les premiers soins.
Le Bombax malabaricum d'Asie fournit la gomme de Malabar appréciée pour recouvrir les blessures saignantes. En Chine, les racines astringentes de Cynura pmnatifida sont employées pour arrêter les hémorragies et traiter les blessures.
De nos jours, la Cosmétologie utilise les propriétés astringentes de plantes telles que Ratanhia, Potentilles, Alchémilles pour tarir les petites hémorragies dues au rasage - « crèmes après rasage ». On les introduit également dans des dentifrices, pour réduire le saignérnent et tonifier les gencives. Réputées hémostatiques, les Prêles sont aussi conseillées.
Une autre manière d'arrêter les hémorragies est d'intervenir sur la cascade des réactions de la coagulation sanguine en particulier sur le facteur XII. Celui-ci est activé par le simple contact avec des surfaces poreuses ou rugueuses. Le coton ou les poils de feuilles velues - Artichaut, Bouillon blanc, Oreille d'ours - peuvent provoquer cette activation. Mais lorsqu'on retire le pansement improvisé, le modeste arrachement suffit ci dissocier le clou plaquettaire et à relancer l'hémorragie. L'avantage des poils hémostatiques des Fougères de Malaisie est d'éviter cet incident après la formation du caillot. Il s'agit des écailles de l'aisselle des frondes allongées, sous forme de poils creux formant un feutrage dense, de couleur rousse, fournis par Cibotium barometz (Pengawar - Djarnbi), C. glaucum (Pulu-Pulu) et Balantium cbrysostricum (Pakoe - Kidang).
Les frondes d'une fougère arborescente (Cyatbe« mexicana) du Mexique tropical doivent agir de même.
Au Moyen-Orient, Inule oiscosa est fréquemment utilisé en médecine traditionnelle : les nombreux poils sécréteurs des feuilles collent à la plaie et permettent de rapprocher ses bords, comme le fait un moderne sparadrap, tandis que les constituants ajoutent leurs effets propres. Dans cette catégorie des adhésifs, se retrouvent les baumes et résines associant trois thèmes : l'effet adhérent des constituants résineux, leurs actions physiologiques, l'aspect mythique de l'homme blessé associé à celui de l'arbre incisé. Dans les deux cas, s'écoule un liquide qui ne tarde pas à se solidifier, le sang par la coagulation, l'oléorésine par l'évaporation des composants les plus volatils.
Parmi les baumes, il nous reste celui du Pérou qui provient en réalité du Salvador. C'est un remède classique pour traiter les blessures, accélérant la cicatrisation, assurant un pouvoir antibactérien et même des propriétés antipsoriques

naguère mises à profit en cas de gale. Un inconvénient toutefois : le risque d'incidents allergiques rapporté à la présence de dérivés benzoïques, que l'on retrouve d'ailleurs dans le benjoin du Laos.
Selon les traditions ancestrales, il est souvent question de plantes à effets cicatrisants. Leur nombre est impressionnant. Déjà signalée par le prophète JÉRÉMIE, la réputation du baume de Galaad ou baume de la Mecque a traversé les siècles. Au Sénégal, le Leptadenia bastata, au Gabon, le Gompbrena globosa, font partie des pharmacopées locales comme aussi à Madagascar l'Hydrocotyle (Centella asiatica) qui connaît un vif succès actuel.

Les corps gras riches en vitamine A et en caroténoïdes sont également bienvenus. On peut en améliorer l'effet par addition de solvants de pénétration, essences d'Eucalyptus et de Lavande entre autres, qui ajoutent leurs effets antiseptiques, cicatrisants et parfumants.
Comme dans le traitement des brûlures, les pétales de Lis blanc peuvent apporter un élément adoucissant et hâter la cicatrisation des petites plaies. On les utilise soit en cataplasme, soit sous forme d'extraits dans des huiles ou dans l'alcool. Riche en allantoïne, la racine de grande Consoude est d'un emploi traditionnel. Dans le Midi, on conseille volontiers des cataplasmes d'olive dans la cire vierge.
En fait les traumatismes ne provoquent pas à tout coup la rupture de la peau. Tant s'en faut: les tissus sous-jacents peuvent être écrasés ou
simplement meurtris et le sang échappé des vaisseaux maltraités forme des hématomes, qui, avec la transformation de l'hémoglobine, évoluent en « bleus ». Écarté par les modernes pharmacologues, le mot vulnéraire exprime l'idée de réduire les effets des coups - vu/nus en latin. C'est à Ambroise PARÉ que furent dus de grands progrès dans le traitement des plaies causées par le feu des arquebuses, au cours des guerres d'Italie auxquelles il participa longuement comme chirurgien.
Plusieurs formules concurrentes existèrent au XVIIe siècle. Dans les eaux d'Arquebusade on trouve de nombreuses plantes: Absinthe, Aigremoine, Bétoine, Bugle, Grande Marguerite, Sanicle, Petite Sauge, Véronique et celles qui, de nos jours, continuent leur carrière : Grande Consoude, Millefeuille, Petite Pervenche, Souci, Verveine. Certaines espèces contiennent des tanins à effets hémostatiques, d'autres des saponines propres à une action détersive et anti-inflammatoire, les huiles essentielles ajoutant leur effet antibactérien. Moyennant quelques modifications, une des eaux d'arquebusade est devenue l'alcoolat vulnéraire de la Pharmacopée.
Des travaux récents ont montré dans l'Arnica l'existence de glycanes spéciaux responsables d'une action and-inflammatoire. Quel est le mécanisme de l'action « nettoyante » de l'Arnica? Il faut supposer des substances stimulant la macrophagie pour éliminer les hématomes et tous dépôts de cellules mortes. Dans un premier temps, les cellules migratrices sont attirées, dans un second est accrue l'activité proprement macrophagique. On rejoint là les domaines de la biologie cellulaire et de l'immunologie auxquels se rattachent les phénomènes de la cicatrisation.
Contre les « coups », de nombreuses recettes circulent utilisant les feuilles de Chou ou de Céleri (Apium graoeolens), les fleurs de Sureau noir, les feuilles de Chélidoine, les bractées florales de Tilleul. Beaucoup de plantes possèdent le surnom de vulnéraire: l'Anthyllis, l'Aurone mâle (Artemisia abrotanum), la Camomille romaine dotée en outre de nettes propriétés anti-inflamrnatoires.


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