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Propriétés des plantes médicinales

FARDS ET MAQUILLAGES

 

 

Ils servent à embellir le visage, rehausser le teint, remédier à d'éventuels défauts et éventuellement créer un personnage. Entre fards et maquillage la différence manque de netteté. L'étymologie nous guiderait-elle? Maquillage, qui désigne à la fois l'opération et son résultat, est un mot assez récent d'origine argotique au sens de tricher (aux cartes). Maquiller c'est transformer, c'est en outre protéger les téguments sains contre les agressions extérieures et prévenir la déshydratation. Les dermatologues estiment que les produits de maquillage corrects peuvent éviter des lésions préépithéliomateuses.
En revanche fard apparaît déjà au XIIe siècle, dérivant du francique farwidon ( teindre) qui a conduit à Farbe (couleur en allemand). Fard qualifierait plutôt les produits très nettement colorés du maquillage. Comme le dit H. THIERS, les fards sont « des couleurs parfumées que l'on incorpore dans des excipients adaptés aux buts poursuivis ».
Dans toutes les civilisations, fards et maquillages obéissent à des rites religieux ou sociaux. Chez les Anciens et dans les sociétés restées en place, on farde le visage et le corps pour plaire aux dieux et transmettre des messages; dans l'Égypte des pharaons, le maquillage des yeux prévient et soigne les maladies ophtalmiques, chargé d'une signification magico-religieuse. Les fards pour les paupières et leurs ingrédients sont offerts aux dieux dont les statues elles-mêmes sont peintes.
Jusqu'aux temps modernes, le maquillage, presque uniquement réservé aux femmes, se rencontre essentiellement dans les classes aisées. Son application outrancière fut longtemps la marque des prostituées. Traditionnellement le maquillage est associé au monde du spectacle, le visage maquillé remplaçant le masque. Le cinéma et la télévision l'exigent pour des raisons techniques de transposition de l'image.
Les grandes catégories de colorants recherchés sont principalement les jaunes et les bruns pour le corps et le visage, les rouges pour les lèvres et les joues, les bleus et les noirs pour les paupières. Actuellement ce choix est très souvent modifié, voire complètement inversé, par souci de fantaisie ou de provocation.
Depuis. la plus haute Antiquité, les propriétés tinctoriales de substances naturelles ont été reconnues et utilisées. Issus du domaine minéral, le sulfure d'antimoine et la galène ont toujours fourni le noir, la malachite le vert, divers oxydes de fer et l'ocre le rouge. Le blanc apparaît avec la céruse et le blanc d'Espagne. Et c'est un mérite du règne végétal que d'apporter plus de variétés et de nuances dans ses matières premières colorantes.
Traditionnellement les charbons végétaux de Pin et de différentes plantes grasses, des goudrons végétaux obtenus par carbonisation de sarments d'Olivier, de Noyer, de Genêt sont la base de fards noirs pour les yeux. Quelquefois on dessine des lignes, des points décoratifs autour des yeux ou des régions du corps teintes au henné, en particulier les mains et les pieds; le harkous d'Afrique du Nord est un goudron parfumé obtenu par pyrolyse de différents produits tels que la noix de galle (Quercus lusitanica var. infectoria) et les clous de girofle (Syzygium aromaticum ),
Pour ombrer en bleu les paupières, on fait appel à l'indigo déjà connu dans l'Inde ancienne.

Il est obtenu par fermentation des feuilles de diverses variétés de l'espèce Indigofera tinctoria ou, sous une forme moins pure, du Pastel (Isatis tinctorial jadis cultivé en Aquitaine. En Inde des tatouages bleu noir sont réalisés avec le suc de feuilles d'Eclipta; on raconte qu'en Pennsylvanie les premiers colons se teignaient en cette couleur avec des extraits de Sophora tinctoria et les « hommes bleus » du Sahara sont restés célèbres.
A cette couleur bleue, certains préfèrent l'ambré et le jaune, probablement en raison d'une valeur symbolique puissante de ces couleurs. Le brou de Noix et des infusions de thé peuvent donner au corps une apparence bronzée.
Pour colorer la peau en jaune, on a utilisé des extraits de Chêne d'Amérique du Nord (Quercus tinctorial, riche en quercitrin, un dérivé flavonique. Les « graines » de Perse, en réalité des baies encore vertes de différents Nerpruns (Rbamnus ca tbartica ), fournissent une matière colorante, mélange de flavonoïdes et d'anthraquinones. Le précieux Safran (Crocus satiuus ) entre encore dans quelques produits de luxe; pour les besoins de la scène on fait appel au Carthame ou faux Safran (Cartbamus tinctorius) qui a été déjà signalé comme produit de maquillage en Égypte ancienne. Le rhizome de Curcuma, spécialement Curcuma longa, appelé Safran de Chine ou Safran des Indes, était un produit de beauté des campagnardes du Cambodge. Il servait également à la parure des femmes aux Îles Marquises.
A toutes les époques et partout, les femmes ont cherché à aviver le rouge de leurs lèvres et à rosir leurs joues, allant jusqu'à créer une rubéfaction des pommettes à l'aide de plantes irritantes; ainsi le « fard aux piquants », en Kabylie, est constitué de poudre de Scille rouge (Urginea maritime) dont les raphides acérés pénètrent dans la peau et provoquent un état congestif persistant plusieurs heures; ailleurs les duvets de la peau de pêche blanche provoquent les mêmes effets.
Moins irritante est l'application de produits colorants. Le rocou est extrait de la pulpe rouge de Bixa orellana. Arbuste originaire des Antilles et de la Guyane, où il porte le nom d'annato, il a été introduit dans d'autres régions tropicales. Traditionnellement il servit aux Indiens des Caraïbes et à ceux du Venezuela et du Brésil septentrional à
la parure de la peau. Actuellement on l'introduit dans des huiles solaires. Il contient des caroténoïdes dont la bixine.
De son côté, le rouge de cachou est une décoction obtenue avec le bois d'Acacia catecbu , riche en polyphénols facilement oxydés. Le nom portugais de brazil vient de la couleur de braise d'un bois récolté dans ce pays, le bois du Brésil ou de Fernambouc. Il est fourni par des arbres du genre Cesalpinia d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud - des bois également colorés provenaient, sous le même nom de brésil, des Indes orientales. Le pigment rouge orangé appelé brésiline est un dérivé tétracyclique phénolique de l'indène. Celui du bois de Campêche, dit encore « bois de sang » et palo de Campeche au Mexique, est un dérivé hydroxyle du précédent; c'est la célèbre hématoxyline.
La poudre de cosses d'une Légumineuse, Flemmingia congesta, sert de pigment cosmétique rouge en Extrême et Moyen-Orient. Des Orseilles, lichens terrestres et marins, dont l'espèce la plus employée est Rocella tinctoria, on retire des colorants phénoliques non préformés, qui, sous l'action de l'air, donnent l' orcéine, mélange de matières colorantes rouges ou violacées utilisables: pour joues et lèvres.
La feuille de Henné (Lawsonia inermis) dom l'utilisation est séculaire au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et aux Indes, doit ses propriétés colorantes à une naphtoquinone, la lawsone. Sa réputation est tellement grande que le mot arabe hinna est souvent devenu synonyme de colorant. Il s'applique donc à d'autres plantes tinctoriales, telle l'Orcanette (Alkanna tinctorial, Si les emplois capillaires du Henné se sont généralisés, les préparations cosmétiques sont limitées aux pays d'origine.
La pose du henné est une cérémonie intime, toujours associée à la joie des fiançailles et du mariage; par contre les personnes en deuil ne doivent pas s'en servir, même pour un usage médical. Une pâte est obtenue en malaxant la poudre de feuilles avec de l'eau de fleur d'oranger. Les buts de cette pratique sont multiples. Outre la coquetterie et l'observation des rites, l'hygiène y gagne : le henné a des propriétés antiseptiques et réduit la transpiration; le durcissement de la peau traitée dû à une augmentation de la kératogenèse est utile en cas de durs travaux.
En cette époque où l'on porte tant d'intérêt au naturel, il est regrettable que l'origine végétale des colorants n'apparaisse pas plus nettement à côté du numéro qui les identifie dans les formules. On a pu leur reprocher certains défauts de comportement physico-chimique ou physiologique et souvent un prix élevé par rapport aux produits de synthèse. Les recherches actuelles permettent de sélectionner les plus stables à la lumière comme à la chaleur et ceux dénués d'effets nuisibles pour la peau.
Il est remarquable qu'une des réalisations les plus modernes et les plus rentables en biotechnologie porte sur la culture de cellules de Litbospermum erytbrorbizon pour l'obtention d'une naphtoquinone, la shikonine, dite violet de Tokyo. Bien toléré par la peau et les lèvres, ce colorant fait actuellement l'objet d'une production en plein développement. Il était déjà utilisé en Chine et au Japon comme anti-inflarnmatoire et antibactérien.


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